20h50, on nous appelle !
Nous sommes dans les vestiaires à ce moment-là, nous tournons, virons, faisons les cent pas qui nous permettent de faire bouger nos jambes qui ne demandent qu'à se libérer. Dehors, la pluie tombe sans cesse et nous effectuons nos derniers étirements et échauffements entre les valises et les personnes qui passent et repassent sans arrêt dans le petit couloir. Les derniers petits mots de soutien et d'encouragement sont lâchés. Les mains, elles, claquent sur les fesses.
Arrivés devant la grande porte, certains sautillent, d'autres restent immobiles, d'autres marchent tranquillement se faisant le film de leur sortie en boucle. En regardant les portes s'ouvrir et découvrant la foule installée sur les étagères, je me dis que maintenant j'y suis et que je ne peux plus m'échapper. Je me dis aussi que tout est allé très vite. Trop vite ? Peut-être, mais je n'ai pas à ce moment-là la réponse.
Les premières notes de la cazérienne annoncent notre arrivée en piste. Un dernier cri collectif sort tout naturellement, montrant une certaine entraide entre nous. Le paseo est magnifique. La place la plus importante du monde coursayre est archi-comble. La musique, elle, nous donne encore plus la chair de poule.
Les premières bêtes sortent enfin des loges. A voir leur comportement, elles doivent confondre campo avec arène, R.A.S !
Notre novillo qui nous est réservé est maintenant dans nos têtes. Nous espérons, prions et pensons qu'il pourra nous rendre heureux. La bête déboule en piste. Cyril débute sûrement, Thomas le règle définitivement à juste mesure et je pars lâcher mes deux premiers écarts face à une telle bête sans corde. David et Louis s'envolent parfaitement au-dessus de la machine à écarter. Le novillo, sans rechinier, accepte l'affrontement que nous lui imposons. Thomas conclue la série par un écart de rêve. Le public est en ébullition. Nous aussi !
Une vuelta parachève notre prestation. On se félicite tous, car ensemble, nous avons vécu un très bon moment. Dans la douche on chante, on plaisante, on lâche des âneries, on crie ... on se libère complètement.
Malheureusement, tout s'est très vite passé, nous n'avons pratiquement rien vu. Mais quel moment !
Alors tout est allé trop vite ? Je ne sais pas en fin de compte, seul l'avenir le dira ...